CocaïneAh, l’horrible titre ! Ce film de Paul Morrissey s’appelle, en version originale, «Mixed Blood » allusion au «sang mêlé» par le métissage, dans ce bas-quartier de New York qu’on surnomme Alphabet City. Montré au Festival de Deauville en 1984, «Mixed Blood» a suscité l’enthousiasme de la presse. Malheureusement, lors de sa sortie en salle, le distributeur français (que nous ne nommerons pas pour ne pas faire de pub à AMLF) a cru bon de lui donner un titre réducteur, qui met l’accent sur un aspect secondaire, et pour couronner le tout de jouer au censeur en l’amputant de quelques images jugées trop dures. Ceci explique que ce film superbe n’ait pas recueilli l’audience qu’il méritait. Hâtez-vous donc de le découvrir, mais sachez déjà que aile prétexte du scénario est une guerre entre les gangs composés d’adolescents brésiliens ou portoricains, l’essentiel est dans l’originalité de ce cocktail de bizarrerie, de charme et d’outrance : un décor original, des personnages extravagants, comme la fameuse Rita La Punta (incarnée par une star brésilienne «outrageous»), une violence tranchante et, surtout, un humour dévastateur qui submerge tout… Bref, un grand moment de cinéma en marge des grosses machines stéréotypées dont la monotonie commence à nous lasser.

Romeo et Juliette

Romeo et JulietteLa tragédie de Shakespeare a maintes fois été portée à l’écran. On distinguera d’abord la version hollywoodienne de George Cukor produite par Irving Thalberg en 1936, avec Leslie Howard et Norma Shearer. L’adaptation italienne de Renato Castellani ne viendra qu’en 1954, suivie en 1968 du «Roméo et Juliette» de Franco Zeffirelli, en scope-couleur, avec Leonard Whitting et Olivia Hussey. N’oublions pas entre-temps «Les amants de Vérone» d’André Cayatte, histoire située sur le tournage d’un film consacré à la pièce de Shakespeare, ainsi que «West Side story» qui reprend le schéma de l’intrigue, et bien entendu «Romeo & Juliet private sex life», un érotique soft qui amusa en son temps les iconoclastes. La version de Renato Castellani est plutôt académique, mais très respectueuses de l’œuvre d’origine. Tout le monde a loué à l’époque le soin apporté aux décors, aux costumes ; c’est assurément du beau travail d’artisan, avec un emploi des couleurs (rares en ce temps-là dans le cinéma européen !) qui en fait une réussite esthétique — même si l’interprétation a vieilli, surtout après le succès international du film de Zeffirelli, où les amants tragiques ont leur âge véritable…

Les saisons du c_urLe shérif d’une petite ville texane, en 1953, se fait bêtement tuer par un jeune Noir complètement ivre. Le coupable, dessoûlé, est immédiatement lynché. Ce qui n’arrange rien pour la jeune veuve du policier, Edna (Sally Field), qui se retrouve seule pour élever ses deux enfants. C’est la crise, impossible de trouver du travail. Alors, en dépit de son banquier qui lui conseille de vendre sa ferme pour rembourser ses créanciers, elle décide de faire fructifier elle-même ce patrimoine. C’est une tâche surhumaine, mais elle l’entreprend avec l’aide de ses enfants, d’un vagabond noir qu’elle a hébergé et d’un jeune aveugle de guerre… On retrouve dans ces «Saisons du cœur» le ton, le style et l’inspiration d’un cinéma classique. Comme John Ford, Robert Benton(qui s’est fait connaître avec « Kramer contre Kramer »)excelle dans la description chaleureuse des petites gens, dans le contexte très particulier du Sud des années 30, l’époque de la grande dépression. Son parti-pris optimiste marque un retour aux anciennes valeurs idéalistes, voire religieuses : c’est un véritable hymne lyrique à la foi qui sauve une famille de la ruine comme elle transporte les montagnes. Et c’est une composition sensationnelle pour Sally Field en jeune mère Courage !

Je vous salue Marie

Marie aime Joseph qui aime Marie… La suite, c’est-à-dire les histoires de cœur du couple le plus connu de l’histoire après Adam et Eve et Stéphanie de Monaco et Anthony Delon, la suite donc, on la trouve dans la Bible. Apparaît alors Godard l’iconoclaste. Si l’excommunication était toujours de rigueur, il y a longtemps que Godard aurait rejoint l’enfer des damnés ! Car Marie est la fille d’un pompiste d’une station service, Joseph est chauffeur de taxi.Je vous salue Marie Marie attend un enfant et Joseph ne supporte pas l’idée qu’il ne soit pas de lui. De plus, la médecine est formelle : Marie est vierge. L’enfant naît (mais si, mais si) et il est même du genre turbulent ! Pas aussi turbulent que les spectateurs hostiles au film à sa sortie et qui ont assuré sa promotion et sa publicité en criant au blasphème. Pourtant, Godard est loin de traiter cette histoire avec vulgarité et obscénité. Au plus, il dérange et plonge dans une interrogation mystique qui ne regarde que lui. «Je vous salue Marie»n’est pas un chef-d’œuvre, mais une œuvre rare. Quant aux intégristes à l’esprit mal tourné qui ont vu dans ce film un outrage aux bonnes mœurs, ils n’ont pas le monopole de l’interprétation de laBible. Pas de quoi hurler au blasphème, pas de quoi se pâmer non plus devant ce film ni devant son interprétation. « Le livre de Marie » réalisé par Anne-Marie Mieville, interprété par Bruno Cremer, Aurore Clément et Rebecca Hampton, et qui précède « Je vous salue Marie », est dans un certain sens plus réussi.

Liberty belle«J’avais vingt ans, je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie». Cette phrase de Paul Nizan pourrait parfaitement s’adapter au propos de «Liberty Belle». Avoir vingt ans dans les années soixante n’est pas forcément synonyme de rock’n roll, robes vichy et surprises-parties. Au même moment, certains avaient vingt ans dans les Aurès. En suivant l’itinéraire d’un jeune provincial fraîchement débarqué à Paris, «Liberty Belle» aborde cette époque sans occulter le contexte politique troublé, la violence latente qui débouchera sur les événements de mai quelque huit ans plus tard. On nage en plein conflit des générations, de l’autorité, de la guerre. Bref, on vit des temps difficiles avec un regain d’espoir. «Liberty Belle» est un film nostalgique et tendre. Remarquablement interprété par Jérôme Zucca, André Dussollier et la regrettée Dominique Laffin… la femme qui pleure.

Un dimanche comme les autres

Un dimanche comme les autresElle est divorcée et vieillissante. Elle vit avec une jeune sculpteur qui, parallèlement, a une liaison avouée avec un homme mûr, médecin juif quinquagénaire. John Schlesinger, l’Anglais qui a souvent parlé de l’Amérique («Macadam cow-boy», «Marathon man», etc.), évoque ici la morosité anglaise, notamment le dimanche. Il effleure le problème de la relation bisexuelle et du trio pour s’intéresser principalement aux personnages et à leur environnement. Son film a la lenteur des chroniques impressionnistes. Il en a aussi le charme discret et la subtile banalité. Cette peinture de l’Angleterre au quotidien serait un rien ennuyeuse sans la superbe interprétation du trio. Murray Head, le jeune homme, était jusqu’alors uniquement connu comme chanteur. Il tournera ensuite «La mandarine» avec Edouard Molinaro puis retournera à la chanson. Il est entouré de deux monstres du théâtre et du cinéma anglais : Glenda Jackson (la découverte de Ken Russell) et Peler Finch (qui explosera dans le «Network» de Sidney Lumet).

A la recherche de GarboEstelle Rolfe a 50 ans. Une femme d’action, militante et énergique. Elle a un fils, Gilbert (Ron Silver) et une passion. Presque une obsession : Greta Garbo. Estelle Rolfe voue un véritable culte à la Divine. Elle connaît ses films par cœur, sa vie, ses amours, tout. Un jour, Gilbert apprend que sa mère, Estelle, est atteinte d’une tumeur au cerveau. Il se précipite à l’hôpital. Estelle sait qu’elle n’en a plus pour longtemps à vivre. Avant de mourir, elle veut réaliser un rêve : rencontrer Garbo. Dès lors, aidée de Gilbert, elle va tenter de rencontrer Garbo. Une quête qui va lui réserver bien des surprises… Réalisé par Sidney Lumet, «A la recherche de Garbo» est un film touchant. Sans tomber dans un délire obsessionnel qui rendrait certainement le film ridicule, mais dans un délire tout court. Traité avec humour et désinvolture, cette quête d’une héroïne a des relents mélodramatiques. L’interprétation d’Anne Bancroft dans le rôle d’Estelle n’y est pas étrangère. A noter que ce film est le plus bel hommage qui puisse être fait à une actrice de son vivant. Sidney Lumet est le cinéaste de la sensibilité. «A la recherche de Garbo» en est encore une fois une excellente démonstration.

Strangers kiss

Il est une fois un cinéaste débutant, mais déjà génial et déjà assez caractériel. Sans argent, il se fait prêter un studio, se fait commanditer son film par un promoteur immobilier à la limite du mafioso qui lui impose sa jeune maîtresse comme vedette féminine. Son film est un polar noir reposant sur un amour fou. Comme le cinéaste veut que son art rejoigne la vie et qu’il est doué pour manipuler les gens, il s’arrange pour créer une idylle entre sa vedette féminine et son boxeur de vedette masculine. «Strangerskiss» possède un parfum très séduisant d’Hollywood fauché et de chronique sentimentale en demi-teinte. Cela fait déjà un très bon film, psychologique et attachant à souhait. Mais lorsqu’on comprend que ce cinéaste plein d’avenir n’est autre que le grand Kubrick (le personnage s’appelle d’ailleurs Stanley) et que le film tourné n’est autre que le fameux «Baiser du tueur», l’hommage de Matthew Chapman devient passionnant comme un document cinéphilique trop près de la réalité pour ne pas être un petit peu authentique. Une œuvre très originale, peut-être même un chef-d’œuvre.

Bad influenceUn jeune cadre bon chic bon genre tombe un soir, dans un bar, sur un séduisant ténébreux qui lui sauve la mise. Dès lors, entre les deux personnages naît une amitié sincère. Ainsi le ténébreux apprend au coincé à faire enfin ce qui lui plaît et à profiter pleinement de la vie. Cela commence par des jeux épicés et finit par un meurtre. C’est Méphistophélès en Californie. Dans le rôle de celui qui distribue sa « mauvaise in-, fluence », Rob Lowe est étonnant et sait donner à son visage de jeune premier un peu fade des accents malsains et inquiétants. Nous ne sommes pas loin d’Alain Delon dans « Plein soleil ». Dans celui du jeune cadre sous influence, James Spa-der (révélé par « Sexe, mensonges et vidéo ») a l’innocence hypocrite voulue. Car, ce qui rend passionnant le film de Curés Hansen est bien que personne n’est blanc ou noir. Le bourreau n’est pas si puissant, et la victime est bien un peu masochiste. Le film renvoie le spectateur à des pulsions intimes et enregistre l’affrontement dans une suite d’images qui rappellent les peintures hyperréalistes.

Rêves

Spielberg A quatre-vingts ans, Akira Kurosawa reste le plus créatif des cinéastes japonais. Aidé par Spielberg et Lucas, il réalise, avec « Rêves », son film le plus personnel. Kurosawa croit que les rêves sont l’expression de désirs secrets que l’homme dissimule au plus profond de lui-même lorsqu’il est éveillé, et qui se libèrent dans son sommeil. Il raconte donc huit de ses propres rêves les plus marquants des rêves d’enfance (la cérémonie nuptiale des renards ou l’esprit des pêchers), de jeune homme (la tempête de neige), de soldat (le tunnel), d’étudiant (la rencontre avec Van Gogh, dont il confia le rôle à son confrère Martin Scorsese, frappé par l’intensité, l’énergie et la passion qui animent ce dernier), d’homme mûr hanté par la dégradation de la planète (le mont Fuji embrasé par l’explosion d’une centrale nucléaire ou l’étrange race de mutants post-apocalyptiques) et la mort (le village des moulins à eau envahi par les fleurs, le soleil, le silence et l’air pur).

Ces rêves, plus visions que récits structurés, mêlent plaisir et peur, paradis et enfer. Et Kurosawa n’a pas choisi la simplicité puisque la plupart de ses rêves, à la limite du fantastique, ont demandé un énorme travail de décors et d’effets spéciaux réalisés par l’industriel light and magic de George Lucas. Notamment le mont Fuji en fusion et cette incroyable visite sur les traces de Van Gogh à l’intérieur de ses tableaux ! Même si certains rêves sont moins satisfaisants que d’autres, l’ensemble du film constitue une expérience unique et remarquable.

Récemment, j’ai découvert les stickers muraux et ce fut un vrai coup de cœur, car cela m’a permis de donner un coup de jeune à quelques pièces de la maison. De plus, le principe est fastoche : il suffit de décoller les autocollants de leur support, de les apposer aux murs et le tour est joué !

Pourquoi opter pour les stickers muraux ?

une déco avec un sticker de fleur

Si comme moi, vous avez envie de succomber à un peu de renouveau alors, vous allez adorer les stickers muraux ! Proposés dans divers motifs, styles, tailles et formats, les autocollants permettent de relever l’esthétique d’une pièce sans pour autant avoir à changer les meubles ou à la repeindre. Donnant des créations tendance, ils s’appliquent tout aussi bien sur du carreau, du bois ou encore du ciment et s’adaptent à tous les types de décoration. Pour ma part, j’ai opté pour des stickers en forme de branches d’arbres fleuries que j’ai appliqués au rebord de la fenêtre de ma chambre à coucher. J’ai pu trouver mes stickers fleurs sur le site http://www.popstickers.fr/9-stickers-fleurs et comme les prix n’étaient définitivement pas chers, j’en ai profité pour prendre d’autres motifs pour les autres pièces de la maison.
Pour le salon, j’ai choisi un sticker géant au style minimaliste qui présente des graphismes chics que j’ai apposés le long d’un mur de manière horizontale. Pour donner un peu de peps à l’ensemble, j’ai repeint le pan de mur qui devait accueillir l’autocollant adhésif dans une couleur plus foncée de manière à ce que l’inscription ressorte au mieux. Cela a également permis de créer une illusion d’espace, donnant à la pièce une nouvelle allure. Pour la salle d’eau, je voulais quelque chose de frais et d’apaisant, ce qui fait que mon choix s’est tourné vers des ornements floraux. Comme la chambre de mes deux filles était déjà peinte en vert pastel, il fut facile d’accoler au mur un sticker géant présentant une petite fille sur une balançoire. Et elles adorent cette petite touche d’originalité venant ainsi redorer leur pièce. Enfin, pour la cuisine, j’ai choisi de retenir des citations que j’ai apposé le mur longeant la table de travail. Combiné aux jeux de couleurs des carreaux, cela rend une esthétique élaborée.

Pour finir, je dirais qu’il est impératif de poser les stickers à deux. En effet, qu’il vire de deux millimètres sur la gauche ou sur la droite, ce sera l’ensemble de la déco qui en sera affecté.

Le dénommé Pour payer ses employés, un petit chef d’entreprise, au bord de la faillite, commet un hold-up si maladroit qu’il est aussitôt arrêté. Sa vie bascule, il entre dans l’univers de la prison. Matons brutaux, détenus abrutis et humiliés, directeur sournois et pervers, la peinture semble caricaturale. Pourtant, dès le début du film, l’avertissement est clair : tout ce que nous voyons est authentique. Effectivement, c’est sa véritable histoire que raconte le cinéaste Jean-Claude Dague.
Tout ceci s’est passé dans les prisons françaises entre 1968 et 1975. Curieux film, qui concilie une fiction très émotionnelle et un vrai documentaire sur l’organisation interne de la prison (le rôle des caïds privilégiés, avec la complicité des gardiens, double mafia subie par le détenu de base) et sur l’effroyable institution alors en vigueur des QHS. Mais ce réalisme objectif est désamorcé par l’enflure psychologique, les procédés grossiers de réalisation et le jeu exacerbé de Jean Dolande. Cette insistance, qui vise à indigner, nuit au propos de Jean-Claude Dague, dont l’action pour l’amélioration de la condition carcérale est par ailleurs digne d’éloges.

Jack LemmonJake a soixante-quinze ans. Pour incarner ce vieillard, Jack Lemmon s’est fait une tête étonnante, un maquillage réaliste, d’une humanité émouvante. Pour lui donner la réplique, Ted Hanson (sobre et retenu) dans le rôle de son fils John. Acte 1 : pendant l’hospitalisation de son épouse Bette (Olympia Dukakis), Jake est si déboussolé que son fils John, quadragénaire divorcé, vient habiter chez lui. Grâce à ce guide très pédagogue et plein d’humour, Jake apprend la vie quotidienne et redécouvre le plaisir de l’imprévu oublié avec l’autoritaire Bette. Acte 2 : celle-ci rentre de l’hôpital, retrouve Jake métamorphosé. Fête, euphorie. Quelques jours plus tard, catastrophe : Jake, qui n’avait jamais été si fringant est très malade. Préparez vos mouchoirs pour l’acte 3… Comment ne pas être ému par cette « dernière chance’ entre le père et le fils. Un sujet universel, traité ici à l’américaine, certes : ce n’est pas’ Daddy nostalgie », mais les gros sabots ont parfois du bon.

Rebus

Ce film est injustement passé inaperçu lors de son exploitation en salles. Et c’est dommage parce que « Rébus » offre un formidable moment d’émotion, de charme et de nostalgie. Un vieux garagiste roule au volant de la Bugatti royale 1927 qu’il vient d’acheter. Et les souvenirs lui reviennent à la mémoire et au cœur.

Il y a longtemps, il a servi de chauffeur -à une comtesse qui se rendait à un mystérieux rendez-vous. Ensemble, ils ont fait un long voyage. Il est tombé amoureux d’elle. Il faut dire qu’il y a de quoi, puisque cette superbe femme n’est autre que Charlotte Rampling. Une nouvelle fois, la comédienne prouve qu’elle excelle dans ces personnages aristocratiques, lointains et élégants, qui portent dans le regard un infini soupçon de tristesse. Entre Malavoy et Rampling, entre le chauffeur et la comtesse, s’installe un jeu de regards et de non-dit d’une irrésistible sensibilité et d’une grande subtilité. Et, en contrepoint, se mariant au jeu des acteurs, la bande musicale égrène de vieux airs de Billie Holiday, Nina Simone, John Coltrane ou Chet Baker. « Rébus «est un film remarquable, adapté d’un roman de l’Italien Antonio Tabucchi, auteur de « Nocturne indien ». Une autre œuvre très forte, très enivrante et très originale.

Un week-end sur deux Comédienne connue, Camille (Nathalie Baye) est divorcée, elle ne voit ses enfants, Vincent et Gaélle, qu’un week-end sur deux : ils ont été confiés à son ex-mari, Adrian. Cette fois, elle accepte, sur un coup de tête, d’animer un gala de charité du Rotary Club à Vichy. Après une réception chaleureuse et dérisoire, elle se prépare pour la soirée. C’est alors qu’un coup de téléphone furieux d’Adrian va tout changer. Bouleversée, Camille en perd ses mots, bafouille sur scène, « emprunte » la voiture de location qu’on a mise à sa disposition et s’enfuit vers le Sud (ça commence à être énervant, cette obsession du Sud, du soleil et de la mer !). Otages et les complices forcés de leur mère, cette femme à la dérive, les enfants vont réagir chacun à leur manière. Pour son premier film, Nicole Garcia met en scène (courageusement, pourrait-on dire) une Camille qui n’est pas follement sympathique et qui sombre dans le pathétique. La « mauvaise mère » qui craque est un personnage ambigu, et son équipée n’a rien d’exaltant. Pourtant, il faut mettre à l’actif de Nicole Garcia et de Nathalie Baye une vibrante sincérité.

Le temps des gitans

Emir Kusturica avait obtenu la Palme d’or, en 1985, pour « Papa est en voyage d’affaires ». Pour « Le temps des gitans », second film présenté à Cannes, le cinéaste a obtenu le Prix de la mise en scène. Prenant la succession de films tels que « J’ai même rencontré des tziganes heureux » ou « Les tziganes montent au ciel », Kusturi ca raconte, en une chronique à la Le temps des gitansfois intimiste et épique, la saga des gitans de Yougoslavie, des Roms… Et il accumule, sans vergogne mais avec talent, les clichés du genre. Dans un univers de terrains vagues, de boue, de pluie et de grisaille, il raconte l’histoire de Pechan, jeune homme pur et batard de naissance, qui va perdre ses rêves et ses illusions. Adolescent souffre-douleur, doué pour faire déplacer les objets et jouer de l’accordéon, Perhan est aimé par une grand-mère un peu magicienne et une jeune fille belle comme le jour. Mais, entraîné par les événements, il se retrouve à Milan dirigeant un trafic d’enfants mendiants.

Passant du tragi-comique au dramatique, les aventures de Perhan séduisent par leur indéniable humanité. Mais elles laissent aussi perplexe par leur excès de folklore et de marginalité. Mais « Le temps des gitans » est un vrai plaisir par sa musique, par le foisonnement, un peu confus et brouillon, du récit, par ses acteurs qui ont des gueules attachantes, mais surtout par ce climat de réalisme poétique dans lequel baigne le film.

Sex et perestroïkaAu début, une bonne idée : aller enquêter en URSS sur la vie sexuelle des Soviétiques. Après cinq ans de glastnost, l’érotisme jadis réprimé a-t-il déferlé dans le quotidien ? Certes, on a vu le minois charmant et les seins coquins de Natalia Negoda dans « La petite Véra », mais c’était encore du cinéma. Francis Leroi (un pionnier du hard français) et François Jouffa (journaliste, homme de radio et réalisateur de « La bonzesse ») ont .décidé d’aller y voir de plus près, avec la bénédiction complice du producteur Alain Siritzky. Et nous les voyons jouer leur propre rôle. Leroi celui d’un cinéaste qui fait passer des auditions aux-petites Moscovites (ce qui donne, par interprète interposé : « Ça ne vous dérange pas de vous déshabiller ? — Non. — Alors, al-lez-y ! »).

Jouffa drague la minette slave, se fait rouler par des hooligans, déposséder de son Levis, et rêve de tourner un film sérieux sur la femme de Tolstoï. Film en train de se faire, comme disait Godard. Avec des images pour magazine d’actualités : la queue de 3 heures pour le MacDo de Moscou, les manifs pour Boris Elstine (les pauvres !). Et d’autres tout en toc, comme le générique dont les filles nues en toques de fourrure n’ont rien de poupées russes. Curieux mélange, avec des scènes reconstituées qui rendent compte d’une réalité quotidienne — surtout cette nuit de noces qui met en relief la crise du logement et l’alcoolisme. Et en définitive, l’érotisme est un peu le parent pauvre d’une entreprise sympathique et (volontairement) « balbutiante ».