Le hall d’un grand hôtel. Des ombres qui glissent en soft majeur. Et puis un boxeur, son manager ex-Tuteur looser, un crime pas clair, un détective et ses acolytes. L’histoire ? Quelle histoire ? C’est «Détective» de Jean-Luc Godard. Ca agace un peu. Tant mieux. C’est ponctué d’images qu’on aimerait avoir vues de ses propres yeux et de bribes de dialogues qu’on aimerait avoir inventées. C’est du meilleur et du pire… quelquefois juste au niveau de l’almanach Vermot dans le triturage incontournable du concept via la private joke. On a le droit d’être hermétique. C’est admis, même et surtout par Godard lui-même. On a aussi le droit de trouver ça extrêmement soporifique. Et puis Godard ne détient pas le monopole de l’intelligence. Mais ce que l’on peut difficilement contester, c’est que Godard est un grand cinéaste. Heureusement que les Américains, les Anglais et les autres nous le rappellent de temps en temps, sinon on serait tenté de l’assassiner en deux mots sous prétexte que l’on n’a pas tout compris au film. Même que Godard, il ricane en disant qu’il n’est pas français mais qu’il est suisse ! La touche Godard, on la reconnaît entre autres dans sa façon de diriger les acteurs à contre-emploi. Sous l’œil de sa caméra, Nathalie Baye, Johnny Hallyday, Stéphane Ferrara jouent autre chose que leurs propres rôles. Ils sont sous influence. Une bonne influence. Quand au récit lui-même, c’est une mélodie en sous-sol, triste et violente. Comme un rêve.

La corde raide

La corde raideLes derniers films d’Eastwood, avant «Pale rider», sont très symptomatiques des préoccupations de l’acteur et du cinéaste. Le beau Clint réalise et interprète, en 1982, «Honky tonk man» où il se donne un rôle de chanteur folk vagabond et tubar. Superbement mis en scène et possédant un charme très original, «Honky tonk man» est un échec commercial complet. Alors Eastwood reprend ses colts de flic macho-facho et signe un des triomphes de l’année 1983 avec «Sudden impact, le retour de l’inspecteur Harry». Que fait-il après ? Film d’auteur ou polar violent ? Les deux, mon cinéphile ! Car Eastwood, même s’il s’est contenté de produire et interpréter cette «Corde raide», montre qu’il a de la suite dans les idées. Un flic y traque un tueur de prostituées dans le quartier chaud de la Nouvelle-Orléans. Mais cet assassin, apparemment dément, a décidé d’initier le flic aux plaisirs troubles, plus ou moins sado-maso, du meurtre sexuel… Et il l’entraîne dans ses propres zones d’ombres. A force d’exaspérer sa libido, ne finit-on pas par engendrer des fantasmes de mort ? Et, de là à passer aux actes (aux meurtres !), il n’y a qu’un pas. A force de suivre ce tueur fou dont il comprend et par tage de plus en plus les motivations, le flic Eastwood finit par se demander s’il ne serait pas lui même le coupable. Mais, rassurez-vous, les mythes ont la vie dure et l’affrontement final ne décevra pas les purs et durs d’Eastwood, le justicier expéditif. Mais cette façon de jouer avec le feu, tout de même…

Un photographe de charme et ses trois top-modèles partent pour des prises de vue en Égypte. Dans un village isolé, ils rencontrent un ancien mercenaire reconverti en escroc qui se vante d’avoir découvert et pillé la sépulture d’un pharaon. Ravi d’avoir un scoop, le photographe devient curieux, trop curieux, au point de déclencher la fureur outre-tombe de la momie du pharaon. La momie va massacrer tous les êtres humains qu’elle trouve sur son passage avant de réveiller les morts. En effet, la momie va rappeler ses soldats du grand sommeil. Ces sanguinaires zombies vont semer la terreur sur les ordres de la momie. Classique film d’épouvante jouant sur le contraste entre les jolies top-modèles et les affreux morts vivants chargés de les massacrer. On n’en aura jamais vraiment terminé avec la malédiction des pharaons. Mais qu’ils viennent d’Égypte, de la quatrième dimension, ou d’une ville fantôme du Texas, tous les zombies se ressemblent. Si cela peut vous consoler…

The glory boys

Operation Mushroom. Mushroom = champignon = atomique = bombe ! Puisqu’on avance sur le terrain miné du politico-thriller pas objectif pour cinq pence («The glory boys» est une production de la télévision britannique), il est préférable de s’en tenir aux faits. Trois terroristes arabes. Ce n’est qu’au tiers du film que l’on apprend qu’ils sont palestiniens — projettent de tuer un éminent scientifique israélien spécialisé dans le nucléaire et venu assurer un cycle de conférences à ce sujet en Angleterre. Deux des trois terroristes sont abattus dans le nord de la France alors qu’ils s’apprêtent à franchir le Channel. Les polices et services secrets se déchaînent pour attraper le troisième terroriste, en fait un kamikaze. A Londres, son contact n’est autre qu’un terroriste irlandais de l’Ira. Iront-ils au bout de leur mission suicide ? Comment les services secrets vont-ils opérer ? A noter l’interprétation de Rod Steiger dans le rôle du savant — dont la fin est épique — et Anthony Perkins, plus momifié que jamais dans le rôle du capitaine Barril version british… Quant au reste… no comment !

Wonderkid australien du vidéo-clip, Russell Mulcahy a signé ce film fantastique qui fut la coqueluche du Festival d’Avoriaz en janvier 1985, mais que le public n’a guère suivi ensuite.Razorback Qui est «Razorback» ? Littéralement, c’est un sanglier, un de ces phacochères qu’on rencontre dans le désert océanien. Mais celui de Mulcahy est gigantesque, terrifiant comme la résurgence d’une antique monstruosité on pense au grand requin des «Dents de la mer», au mythique « Grizzly » et bien sûr à la baleine blanche de «Moby Dick»… Une journaliste de la TV américaine, en reportage en Australie, vient d’avoir quelques ennuis avec deux primates locaux quand elle est victime de la bête tapie dans le désert. Son mari arrive sur les lieux avec la ferme intention de la venger… L’inéluctable lutte à mort de l’homme contre le monstre, réédition du combat de St Georges contre le dragon, fournira au jeune cinéaste l’occasion de fignoler des images d’un esthétisme recherché (un peu trop, sans doute). Le grand règlement de comptes final est assez spectaculaire, dommage que le film n’évite pas quelques plages d’ennui.

CENTRE TERRE, 7e CONTINENT

Personne ne s’y attendait… Un petit film intitulé «Le 7e continent», inspiré d’un roman d’Edgar Rice Burroughs (le père de Tarzan) battit aux débuts des années 70, tous les records d’entrées en Angleterre et un peu partout aux Etats-Unis et en Europe. Il y eut donc plusieurs suites, dans le même esprit, avec le même réalisateur (Kevin Connor), le même romancier et la même star (le totalement inexpressif et maintenant un peu bouffi Doug McClure, pas encore remis de son personnage de Trempas dans le feuilleton «Le Virginien»). «Centre terre, 7$ continent» sent le décor en studio et le cascadeur caché sous la peau de monstre. Mais ce délirant voyage au centre de la terre (à l’aide d’une fusée-taupe mécanique), pour rencontrer et affronter des peuplades primitives et des monstres aussi carnassiers que délirants, est un réjouissant régal de naïveté. Ce film est le divertissement familial par excellence. Surtout pour papa et fiston qui seront, l’un et l’autre, très sensibles au bikini en peau de bête porté par la nouvelle égérie des fantasticomaniaques : Miss Caroline Munro ! «Ooouuuaaahhh !» comme disait mon copain le loup de Tex Avery.

Le retour des morts vivantsAmateurs de fantastique, vous connaissez déjà Dan O’Bannon. Ce scénariste doué a collaboré avec John Carpenter pour Dark star (où il fait aussi l’acteur) et avec Ridley Scott pour le mémorable «Alien»… Il signe ici son premier long métrage, et on n’est pas déçu. Sa façon hilarante et hyper-efficace de reprendre une mythologie (en l’occurrence celle des morts vivants) et de la triturer pour nous arracher des cris d’effroi et des éclats de rire est absolument irrésistible. Se présentant comme la suite de «La nuit des morts vivants», chef- d’œuvre de George A. Romero, il se situe dans une sorte d’institut médical. Nous apprenons, dès le début, que plusieurs fûts hermétiques, entreposés dans la cave, contiennent les cadavres d’une quinzaine d’anciens combattants «réveillés» en 1966 par un produit chimique répandu sur un cimetière du Kentucky. L’armée a étouffé l’affaire, et le film de Romero a menti en prétendant que plus rien n’était à craindre. Vous devinez la suite ? Deux invraisemblables maladroits vont involontairement réanimer ces cadavres verdâtres et une horrifique sarabande nocturne va s’ensuivre : voilà de quoi passer 90 minutes d’épouvante à cœur joie, avec des gags et de la musique en pagaille. On ne souhaite qu’une chose, c’est qu’ils reviennent encore, ces chers morts vivants !

Le retour de Frankenstein

Le retour de FrankensteinUne fois de plus, le baron Frankenstein a dû s’enfuir, pour exercice illégal de la chirurgie d’avant-garde… Dans la petite ville d’Altenburg, il trouve le refuge parfait : la pension de famille tenue par Anna Spengler (Veronica Carlson), une blonde pulpeuse dont le fiancé Karl (Simon Ward) est un jeune médecin. Frankenstein découvre vite que Karl «emprunte» de la drogue à l’asile où il travaille. Ayant besoin d’un assistant pour continuer ses recherches, il va utiliser cette arme de chantage. Karl accepte donc, contraint et forcé, l’offre de Frankenstein, et lui permet d’enlever un malade de l’asile, le docteur Brandt, spécialiste des transplantations de cerveaux. Celui-ci meurt d’une crise cardiaque avant d’avoir pu divulguer ses secrets. Qu’a cela ne tienne ! Frankenstein greffera son cerveau dans un autre corps… Jamais le savant baron n’a été aussi cynique et brutal que dans ce nouvel épisode, brillamment interprété comme d’habitude par Peter Cushing : assassin des ruelles obscures, maître-chanteur dans une maison victorienne, il finira même par violer la superbe Veronica Carlson avant de la poignarder par dépit scientifique… A coup sûr, une des plus superbes productions de la Hammer, et un chef-d’œuvre de plus au palmarès du grand Terence Fisher.

Terry Gilliam est un des Monty Python… mais pas n’importe lequel. Sur leurs films comme leurs shows TV, il a été l’animateur, l’homme de ces dessins animés un peu, beaucoup, passionnément fous qui font les transitions ou même les séquences de «Monty Python, sacré graal», «La vie de Brian» ou encore «Monty Python, le sens de la vie». Mais, tout seul comme un grand, Terry Gilliam a réalisé «Jabberwocky», puis «Bandits, bandits» et enfin «Brazil». Film après film, Terry Gilliam a affiné un style absurde et drôle. Il s’est créé un univers visuel complètement délirant. Et, dans ce domaine, «Brazil» est un aboutissement… une œuvre de visionnaire où tout bouge et foisonne dans tous les coins de l’image. Une ville futuriste, une société bureaucratique jusqu’à l’inhumain, une femme camionneur qui rencontre un timide bureaucrate, un homme oiseau qui essaye de survivre entre des blocs d’immeubles surgissant de terre, la répression partout, etc. On dit que Terry Gilliam est toujours en train de griffonner sur un calepin ou un coin de papier.  A voir son film, on veut bien le croire. Tant d’idées, tant de folies graphiques, tant de délires surréalistes ne peuvent être engendrés que par une imagination. En fébrilité constante «Brazil». C’est le délire permanent. Dans ce délire, de Niro trouve sa place en plombier-pirate de  choc, avec un humour qui ressemble fort au plaisir d’être sur navire qui lui plaît. Le film raconte l’aventure de Sam Lowry, petit fonctionnaire de ministère écrasé par un univers absurde digne du «1984» d’Orwell. Mais ce n’est que le simple prétexte à cette frénésie créative.., ce qui limite un peu le film. Car, à trop déguster des mets aussi subtils et nouveaux sans prendre le temps de bien les digérer, on frise souvent l’écœurement !

Voici le plus beau voyage dans le temps que nous ait offert le cinéma ! Adapté d’un roman (un peu longuet) de Richard Matheson, «Quelque part dans le temps » raconte un plongeon psychique dans le passé. Un jeune écrivain à succès reçoit, après la première représentation de sa pièce, la visite d’une vieille dame inconnue aux yeux pleins d’amour. Le temps passe et les angoisses du créateur l’envahissent, il se réfugie dans un grand hôtel balnéaire. En visitant son petit musée, l’écrivain tombe sur un tableau : le portrait d’une actrice dont il tombe éperdument amoureux et qu’il est décidé à rejoindre dans le passé, coûte que coûte. Par le conditionnement psychique, il ira la rencontrer et l’aimer cinquante ans plus tôt, jusqu’au jour où une anachronique pièce de monnaie… La nostalgie, le romantisme et l’amour fou sont toujours des parfums aussi subtils et enivrants (même si certains ralentis dérapent vers les clichés à la Lelouch !).Et ce film a le rare privilège de vous rendre heureux et triste à la fois. Les comédiens (notamment Reeve) sont superbes de sensibilité.

Gremlins

Regardez bien la jaquette de la vidéocassette «Gremlins»… et regardez l’affiche du film à sa sortie cinéma. La petite bébête dont on ne voyait que les deux mignonnes pattes a enfin décidé de sortir de sa boîte. Décision du distributeur français ? Pas du tout ! Spielberg a tout organisé, jugeant que le film est aujourd’hui suffisamment célèbre pour que l’on montre au moins le Mogwaï. Qu’est-ce qu’un Mogwaï ? Une adorable créature qui gazouille, roucoule et sourit comme un gros bébé joufflu né du croisement d’un chaton facétieux et d’un ours en peluche. Vous voyez le genre ? Qui ne fond pas de tendresse devant un Mogwaï n’est pas digne d’être admis à Disneyland ! Un Mogwaï a un mode d’emploi : il ne faut le mouiller ou le nourrir après minuit. Mais un accident arrive très vite et, alors, le Mogwaï engendre des Gremlins. De vilains, d’inquiétants, de terrifiants, d’insolents, de destructeurs… Gremlins ! Libérés sur une petite ville américaine bien tranquille, où tout le monde fête Noël, ça donne la plus incroyable des mises à sac. Un cocktail très explosif de terreur et de rire, d’épouvante et de burlesque. Car les Gremlins sont cruels et dangereux. Une mère de famille, dans la première scène-choc du film, en fait les frais entre son sapin de Noël et sa cuisine. Mais les Gremlins sont aussi à se tordre de rire lorsqu’ils occupent un bar et imitent les humains… ou quand la joyeuse bande regarde bruyamment «Blanche Neige» dans le cinéma local. Après «Piranha» et «Hurlements», Joe Dante confirme ici qu’il est un vrai cinéphile et un vrai cinéaste, un grand spécialiste du coup de poing émotionnel, intimement marié au clin d’œil humoristique.

C’est la guerre. Dans cette petite bourgade du Texas, en 1944, la vie n’est pas rose pour Nita (Sissy Spacek), unique standardiste du téléphone local. Elle vient de quitter son mari alcoolique et occupe une petite maison isolée, élevant courageusement ses deux enfants, exploitée par son patron et rêvant de changer de travail, mais résignée en attendant… Pour couronner le tout, il y a de ces deux Sudistes, deux rustres épais, les frères Triplett, qui tournent autour d’elle en ruminant leur frustration sexuelle, comme des papillons attirés par une flamme. Lorsqu’un jeune marin s’arrête en chemin, pourquoi Nita refuserait-elle quelques instants de tendresse ? C’est alors que les commérages commencent. Plus énervés, plus obsédés que jamais, les ignobles frères Triplett décident de passer à l’action. C’est compter sans un inconnu qui rôde, cet homme dans l’ombre («raggedy man», le titre original du film) qui veille sur la sécurité de Nita et de ses enfants. Lors de la grande scène finale de terreur et de suspense, pourra-t-il intervenir à temps ? Voici un «petit» film d’atmosphère, au climat provincial très convaincant, aux personnages bien croqués, à l’émotion discrète mais intense — surtout grâce à la touchante Sissy !

SOS fantômesSOS fantômes2

Devant un film comme «SOS fantômes»„ on se demande où ils vont chercher tout cela ! «Ils», c’est d’abord les deux scénaristes du film, Dan Aykroyd et Harold Ramis, qui sont aussi deux des trois chasseurs de fantômes du film. Comme ses deux autres camarades, Aykroyd, le partenaire d’Eddie Murphy dans «Un fauteuil pour deux» ou de John Belushi dans «The blues brothers», fait partie de la couvée «Saturday night live»… le show TV en direct que toute l’Amérique attend et qui a révélé la plupart des nouveaux comiques américains du moment, Eddie Murphy entête, Aykroyd a toujours aimé et un peu cru aux fantômes. Il a imaginé l’histoire de «SOS fantômes», délirante à souhait et propice aux scènes d’effets spéciaux. Ça commence avec le fantôme-vieille dame de la bibliothèque. Ça continue avec le fantôme-glouton de l’hôtel. Ca enchaîne avec le monstre dans le réfrigérateur de Sigourney. E1 ça se termine avec l’apocalypse sur le toit de l’immeuble et le Mash Mallow boy géant semant la panique dans les rues de New York. La réussite de «SOS fantômes», c’est cet équilibre entre le délire le plus complet des événements et le sérieux avec lequel sont abordées les situations. De ce décalage naît le comique. Les fantômes font à la fois sourire et frémir. Et, tout en étant très ravageurs et à la limite du débile, les chasseurs de fantômes sont assez efficaces et crédibles dans leur mission salvatrice. Il faut les voir, avec leur attirail (qui marche) chassant et capturant les fantômes. Le face à face entre ces techniciens du surnaturel et les créatures de l’au-delà ont une ampleur et une saveur jamais vues. Les gags sont inégaux, mais une telle originalité comique est un plaisir à ne pas manquer !

Les moissons de la colère (country)La politique économique de Ronald Reagan a aussi son revers : c’est le marasme où est plongée actuellement l’agriculture naguère florissante du Middle West. Cette crise profonde a eu un retentissement national qui a rejailli sur la musique (avec les concerts de solidarité de Bob Dylan, Willie Nelson et tutti quanti…) et sur le cinéma (avec «Les saisons du cœur», «La rivière» et ce «Country»). Dans ce film réalisé par Richard Pearce, c’est le couple de l’année du cinéma américain, Jessica Lange et Sam Shepard, qui incarne les Ivy, petits fermiers aux prises avec les caprices de la météo et une politique bancaire désormais implacable pour les calendriers de remboursement des prêts. Le personnage que joue Sam Shepard, incapable de faire face, se réfugie dans la boisson, s’en prend à sa femme et à ses enfants. Du coup, celle-ci le chasse du domaine qu’elle tient de son père et entreprend, seule, d’assurer la survie de sa famille. L’entrevue avec le banquier, la tornade dévastatrice, la vente aux enchères… Autant de scènes »obligatoires « qui reviennent ici comme dans les autres films cités plus haut. Moins lyrique que »Les saisons du cœur », moins social que «The river», « Country »est plutôt un film psychologique, centré sur l’interprétation de Sam Shepard, très sobre, presque en retrait, et sur celle d’une Jessica Lange toujours lumineuse dans un rôle humain et quotidien.

Le locataire

Le locataireTimide employé au «service des archives», Trekolsky (Polanski) loue un appartement dans un quartier populaire de Paris. En entrant dans les lieux, il apprend que la précédente locataire a tenté de mettre fin à ses jours en se jetant par la fenêtre. Le propriétaire, M. Zy (Melvyn Douglas) accepte Trekolsky si cette demoiselle Choule ne peut revenir habiter l’immeuble. Celle-ci meurt bientôt à l’hôpital. Trekolsky s’installe, mais il est vite l’objet de multiples tracasseries de la part de ses voisins. Bientôt, il acquiert la conviction que tous ces gens l’incitent à se réincarner dans la personne de Mlle Choule afin de subir le même sort… Petit à petit, Trekolsky devient paranoïaque. Bientôt, il se maquille et se travestit pour ressembler à celle qui l’a précédé. Il est sujet à des cauchemars et obsessions. Finira-t-il par se jeter dans le vide lui aussi ? A partir d’un roman de Roland Topor («Le locataire chimérique»), Roman Polanski a bâti un film qui ne figure pas parmi ses réussites. Projeté dans l’indifférence au Festival de Cannes en 1976, il n’a guère convaincu davantage le public, malgré la présence d’une Isabelle Adjani (assez inconsistante, il faut bien l’avouer) : la minceur du scénario et l’absence de véritable suspense sont les handicaps de ce travail mineur.

CocaïneAh, l’horrible titre ! Ce film de Paul Morrissey s’appelle, en version originale, «Mixed Blood » allusion au «sang mêlé» par le métissage, dans ce bas-quartier de New York qu’on surnomme Alphabet City. Montré au Festival de Deauville en 1984, «Mixed Blood» a suscité l’enthousiasme de la presse. Malheureusement, lors de sa sortie en salle, le distributeur français (que nous ne nommerons pas pour ne pas faire de pub à AMLF) a cru bon de lui donner un titre réducteur, qui met l’accent sur un aspect secondaire, et pour couronner le tout de jouer au censeur en l’amputant de quelques images jugées trop dures. Ceci explique que ce film superbe n’ait pas recueilli l’audience qu’il méritait. Hâtez-vous donc de le découvrir, mais sachez déjà que aile prétexte du scénario est une guerre entre les gangs composés d’adolescents brésiliens ou portoricains, l’essentiel est dans l’originalité de ce cocktail de bizarrerie, de charme et d’outrance : un décor original, des personnages extravagants, comme la fameuse Rita La Punta (incarnée par une star brésilienne «outrageous»), une violence tranchante et, surtout, un humour dévastateur qui submerge tout… Bref, un grand moment de cinéma en marge des grosses machines stéréotypées dont la monotonie commence à nous lasser.

Romeo et Juliette

Romeo et JulietteLa tragédie de Shakespeare a maintes fois été portée à l’écran. On distinguera d’abord la version hollywoodienne de George Cukor produite par Irving Thalberg en 1936, avec Leslie Howard et Norma Shearer. L’adaptation italienne de Renato Castellani ne viendra qu’en 1954, suivie en 1968 du «Roméo et Juliette» de Franco Zeffirelli, en scope-couleur, avec Leonard Whitting et Olivia Hussey. N’oublions pas entre-temps «Les amants de Vérone» d’André Cayatte, histoire située sur le tournage d’un film consacré à la pièce de Shakespeare, ainsi que «West Side story» qui reprend le schéma de l’intrigue, et bien entendu «Romeo & Juliet private sex life», un érotique soft qui amusa en son temps les iconoclastes. La version de Renato Castellani est plutôt académique, mais très respectueuses de l’œuvre d’origine. Tout le monde a loué à l’époque le soin apporté aux décors, aux costumes ; c’est assurément du beau travail d’artisan, avec un emploi des couleurs (rares en ce temps-là dans le cinéma européen !) qui en fait une réussite esthétique — même si l’interprétation a vieilli, surtout après le succès international du film de Zeffirelli, où les amants tragiques ont leur âge véritable…

Les saisons du c_urLe shérif d’une petite ville texane, en 1953, se fait bêtement tuer par un jeune Noir complètement ivre. Le coupable, dessoûlé, est immédiatement lynché. Ce qui n’arrange rien pour la jeune veuve du policier, Edna (Sally Field), qui se retrouve seule pour élever ses deux enfants. C’est la crise, impossible de trouver du travail. Alors, en dépit de son banquier qui lui conseille de vendre sa ferme pour rembourser ses créanciers, elle décide de faire fructifier elle-même ce patrimoine. C’est une tâche surhumaine, mais elle l’entreprend avec l’aide de ses enfants, d’un vagabond noir qu’elle a hébergé et d’un jeune aveugle de guerre… On retrouve dans ces «Saisons du cœur» le ton, le style et l’inspiration d’un cinéma classique. Comme John Ford, Robert Benton(qui s’est fait connaître avec « Kramer contre Kramer »)excelle dans la description chaleureuse des petites gens, dans le contexte très particulier du Sud des années 30, l’époque de la grande dépression. Son parti-pris optimiste marque un retour aux anciennes valeurs idéalistes, voire religieuses : c’est un véritable hymne lyrique à la foi qui sauve une famille de la ruine comme elle transporte les montagnes. Et c’est une composition sensationnelle pour Sally Field en jeune mère Courage !

Je vous salue Marie

Marie aime Joseph qui aime Marie… La suite, c’est-à-dire les histoires de cœur du couple le plus connu de l’histoire après Adam et Eve et Stéphanie de Monaco et Anthony Delon, la suite donc, on la trouve dans la Bible. Apparaît alors Godard l’iconoclaste. Si l’excommunication était toujours de rigueur, il y a longtemps que Godard aurait rejoint l’enfer des damnés ! Car Marie est la fille d’un pompiste d’une station service, Joseph est chauffeur de taxi.Je vous salue Marie Marie attend un enfant et Joseph ne supporte pas l’idée qu’il ne soit pas de lui. De plus, la médecine est formelle : Marie est vierge. L’enfant naît (mais si, mais si) et il est même du genre turbulent ! Pas aussi turbulent que les spectateurs hostiles au film à sa sortie et qui ont assuré sa promotion et sa publicité en criant au blasphème. Pourtant, Godard est loin de traiter cette histoire avec vulgarité et obscénité. Au plus, il dérange et plonge dans une interrogation mystique qui ne regarde que lui. «Je vous salue Marie»n’est pas un chef-d’œuvre, mais une œuvre rare. Quant aux intégristes à l’esprit mal tourné qui ont vu dans ce film un outrage aux bonnes mœurs, ils n’ont pas le monopole de l’interprétation de laBible. Pas de quoi hurler au blasphème, pas de quoi se pâmer non plus devant ce film ni devant son interprétation. « Le livre de Marie » réalisé par Anne-Marie Mieville, interprété par Bruno Cremer, Aurore Clément et Rebecca Hampton, et qui précède « Je vous salue Marie », est dans un certain sens plus réussi.